L’Australie a une belle longueur d’avance sur la France pour les familles homoparentales

Nous sommes en 2018, la France commence seulement à envisager l’accès à la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes et les femmes célibataires dans le cadre de la révision des lois de Bioéthique.

En France, lorsqu’un enfant nait dans une famille homoparentale composée de deux lesbiennes, il n’a pas deux mamans. Cet enfant a légalement une seule maman, sa maman biologique. Pour être reconnu comme maman légalement, la deuxième maman doit tout d’abord épouser la maman biologique puis faire une demande d’adoption. Cela peut prendre de nombreux mois.

Crédit photo : Marie Claire / https://www.marieclaire.com.au/marriage-equality-bill-passes-australian-senate

La France est très en retard sur le sujet des familles homoparentales en comparaison à l’Australie. La France et l’Australie n’ont pas fait évoluer les droits des homosexuels et des familles homoparentales de la même manière. Certes l’Australie vient juste de voter le Mariage pour tous (décembre 2018) mais les familles homoparentales sont, elles, reconnues depuis plus de 10 ans.

 

Evolution des droits des familles homoparentales en Australie

En Australie, les couples homosexuels ont été reconnus comme couples « de facto » s’ils vivaient ensemble depuis plus de deux ans ou partageaient le même compte en banque depuis 2001. Ces couples « de facto » ont les mêmes droits et devoirs que les couples mariés. Cependant, les enfants n’étaient pas mentionnées dans cette loi concernant les couples « de facto ».

L’évolution des droits des familles homoparentales en Australie est différent selon les Etats. Certaines lois en Australie sont fédérales (Federal Law), c’est-à-dire au niveau du pays tout entier, alors que d’autres lois sont du ressort des états (State law), c’est-à-dire au niveau des Etats comme le New South Wales, le Queensland, le Victoria. Les sujets de l’accès à la procréations médicalement assistée ou de la filiation sont du ressort des Etats. Les changements de lois se décident donc à un niveau local. C’est probablement pourquoi le sujet des familles homoparentales a pu avancer plus rapidement que le sujet du mariage pour tous qui lui est du ressort du Fédéral.

 

Accès à la procréation médicalement assistée et filiation

Pendant de nombreuses années, lorsque les familles homoparentales de lesbiennes australiennes se déplaçaient Australie, elles étaient considérées différemment selon les états. Certains états les considéraient déjà comme une famille avec deux mamans légales, d’autres états ne prenaient en compte que la maman biologique comme mère célibataire. De nombreux couples de femmes  ont dû voyager dans l’état voisin pour avoir accès à la procréation médicalement assistée. On pourrait comparer cette situation à celles des femmes françaises (seules ou en couple avec une femme) qui doivent se rendre en Belgique ou en Espagne pour avoir accès à une clinique de procréation médicalement assistée.

Dans l’état du New South Wales, l’accès à la procréation médicalement assisté a été autorisé dès 2007 pour toutes les femmes quelques soit leur statut marital.

Dans l’état du Victoria, en 2007 le procureur général : « Le fait qu’un enfant soit désiré, aimé et entretenu est, pour le gouvernement, bien plus important que la manière dont il a été conçu. »

L ‘association des familles homoparentales de l’état du Victoria a mené une campagne appelée « Love Makes a family » de 2004 à 2008. Les membres de l’association ont rédigé des synthèses expliquant pourquoi leurs familles devraient avoir les même droits et les ont envoyés à tous les représentants du parlement. Félicity Marlowe, directrice de l’association et mamans de deux enfants nous raconte qu’en 2008, une centaine de familles de l’état de Victoria se sont rassemblée devant le parlement lors des débats pour l’accès à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes. « Deux politiciens ont changé leurs votes après nous avoir rencontré devant le parlement. Ils ont réalisée que nos familles existaient vraiment ! ». La loi fut votée en 2008 puis mise en application en 2010. Cette loi donnait accès la procréation médicalement assistée aux femmes célibataires et aux lesbiennes, légalisait la maternité de substitution (mère porteuse) à des fins non commerciales et reconnaissait la partenaire (femme) de la maman biologique comme elle aussi parent légal de l’enfant.

Félicity nous explique : « la loi a été appliquée en janvier 2010, nous avons donc pu faire changer les certificats de naissances de nos enfants afin que les deux mamans soient mentionnées comme parents. »

Cette loi de 2010 ne prenaient pas en compte l’adoption par les couples de même sexe. Celle-ci est restée interdite jusqu’en 2016 dans l’Etat de Victoria et même jusqu’en 2018 pour les territoires du Nord.

Les associations de familles homoparentales se sont avant tout battues pour la reconnaissance de leur familles et l’accès à la procréation médicalement assistée avant de se battre pour le mariage homosexuel.

L’évolution a donc été véritablement différente de celle de la France puisque nous avons-nous aussi séparé les débats « mariage pour tous » et accès à la procréation médicalement assistée mais nous sommes en 2018 et nous commençons seulement à envisager l’éventualité d’un accès à la PMA pour les couples de lesbiennes. Tout comme le sujet du mariage pour tous, ce sujet de la PMA fait face à une grande crispation d’une certaine partie de la population française (les mêmes qui défilaient il y a quelques années avec leur panneau une famille = un papa et une maman).

En Australie, les familles homoparentales sont reconnues depuis plus de 10 ans, les lesbiennes vont dans des cliniques pour avoir accès à des dons de spermes et sont accueillies comme n’importe quel couple. Contrairement à ce que pourrait croire certains participants de la manif pour tous, l’Australie n’est pas tombé en enfer, ces enfants sont très heureux et épanouis et ne souffrent pas de la « PMA sans père ».

 

L’amour fait la famille en Australie : histoire des familles que nous avons rencontrées.

Sur nos 55 jours en Australie, nous avons passé plus de 20 jours en compagnie de familles homoparentales. Le premier constat que l’on peut faire est que chaque famille a une histoire différente, ce qui confirme qu’en 2018, on peut clairement parler d’une diversité des modèles familiaux.

Voici un résumé de l’histoire de cinq des familles que nous avons rencontrées.

Jacqui, Sarah et leurs trois enfants Corin, Scout, Cully – Melbourne

Jacqui, Sarah et leur enfants au parlement à Canberra lors du votre pour le mariage pour tous

Jacqui et Sara vivent ensemble depuis 25 ans. Elles se sont mariées au Canada quelques semaines après que le mariage pour tous ait été voté la bas. C’est Sarah qui a porté les 3 enfants qui sont tous issus du même donneur semi anonyme. Même si leurs enfants n’ont pas encore atteint leur majorité, ils sont aujourd’hui en contact avec leur donneur qu’ils appellent donneur Dave. Cette famille a découvert qu’une autre famille homoparentale de Melbourne avait eu le même donneur grâce à la ressemblance entre les enfants. Les enfants se sont donc découvert une fratrie qu’ils appellent leurs « Diblings » (en anglais siblings signifie frère et sœurs et ils ont remplacé le S par D pour donneur). Nous avons interviewé Jacqui Tomlins qui nous a partagé son combat des 15 dernières années pour la reconnaissance des familles homoparentales et pour le mariage pour tous.

Notre interview vidéo de Jacqui

Claire, Neroli et leur fils Eddie – Tathra

Crédit photo: Ian Campbell

Eddie est le fils biologique de Claire et il a été conçu lors d’une précédente relation. Claire a rencontré Néroli alors qu’Eddie était très jeune. Eddie considère Claire et Neroli comme ses deux mamans. Pendant les débats pour l’égalité du mariage en Australie, Eddie est devenu le visage public des enfants de familles homoparentales après avoir adressé une lettre au premier ministre et fait une conférence de presse devant le parlement. Eddie a souffert de harcèlement à l’école pendant les débats pour le mariage homosexuel et ses mamans ont dû le changer d’ école.

 

 Shelby, Juliette et leurs enfants Ben et Eleanor – Lawson

Juliette a donné naissance aux deux enfants alors qu’elle avait 39 et 41 ans. Les deux enfants ont été conçus facilement et dans la joie grâce a des inséminations artisanales. Le donateur est l’un des amis les plus proches de Juliette depuis 20 ans, John. Shelby a été mentionnée comme parent sur les certificats de naissance des enfants dès leurs naissances. Eleanor a maintenant 5 ans et Benny a 6 ans. Ils savent depuis le début que John est leur donneur et Juliette et Shelby ont utilisé des livres d’histoires pour enfants pour leur raconter comment ils ont été conçus. Cette famille arc-en-ciel vit joyeusement dans les Blue Mountains sans faire face à quelconque discrimination. Les enfants vont dans une école où il ya aussi d’autres familles arc-en-ciel et des enseignants gays, donc ils ne se sentent pas «différents». Shelby et Juliette sont heureuses ensemble depuis 15 ans et maintenant que les lois ont changé en Australie, elles aimeraient se marier bientôt.

 

Vanessa, Louise and their son Joel and Léo – Sydney

Louise et Vanessa ont désiré et ont eu leurs enfants ensemble. Elles ont eu Leo et Joel avec l’aide d’un ami proche David. Sa partenaire Pia était très enthousiaste et coopérative. Leo et Joel savent que David a aidé à les concevoir et considèrent les enfants de Pia et David comme leurs frères et soeurs. Ils leur ressemblent beaucoup.

Louise et Vanessa se sont séparées quand Joel avait 3 ans. Elles étaient en couple depuis depuis 14 ans, Vanessa considère toujours Louise comme faisant partie de sa famille. Elles élèvent les enfants en coopération. 2 maisons 1 famille. C’est leur façon de voir les choses!

Louise et Vanessa ont toutes les deux les mêmes droits légaux vis-à-vis des enfants. En 2007, les lois ont changé dans l’état du New South Wales et les deux mamans sont nommés comme parents sur le certificat de naissance.

« Pour nous, peu importe qui a porté les enfants. Ils sont tous les deux nos enfants. Louise a essayé pendant 4 ans et à la fin j’ai porté les deux. Nous voulions partager les grossesses, mais ce n’était pas possible. Après la séparation, il était important pour moi que Louise soit traitée avec la même reconnaissance sociale. Les gens aiment demander et donner plus d’importance à la maman biologique. Pour nous, ce n’est pas différent. Louise a également pris un congé de maternité pour passer du temps avec les deux bébés et elle a passé une année entière à la maison avec Leo. Ils se ressemblent beaucoup à bien des égards « . Vanessa

Article présentant l’histoire de Vanessa et sa famille : https://www.mamamia.com.au/mardi-gras-personal-story/

Notre interview vidéo de Vanessa

Kathryn et Lisa et leurs enfants Ruben et Oscar

Kathryn et Lisa se sont rencontrées sur leur lieu de travail : l’université. Elles ont décidé d’avoir des enfants après leur quarante ans ce qui les a donc obligé à avoir recours à une fécondation in vitro. Kathryn et Lisa ont choisi d’avoir un donner connu : le frère de Lisa qui avait 50 ans et n’avait pas d’enfant. C’est bien sur Kathryn qui a porté les enfants mais cela leur a permis d’avoir un peu de génétique de Lisa dans les enfants. Les enfants connaissent et aiment leur oncle, et Kathryn et Lisa expliqueront qu’il est le donneur quand les enfants seront assez vieux pour comprendre.

Notre interview vidéo de Kathryn.

 

Toutes ces familles que nous avons rencontrées étaient heureuses et très intégrées dans leur environnement (quartier, école, famille). Les enfants étaient tous très à l’aise avec le fait d’avoir deux mamans. Une fois de plus nous pouvons confirmer que c’est bien l’amour qui fait la famille au-delà des liens de génétique.

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Une réflexion au sujet de « L’Australie a une belle longueur d’avance sur la France pour les familles homoparentales »

  1. Merci pour tous ces témoignages émouvants et pour toute la recherche faite pour les réunir en un article! Super!

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