Homoparentalité au Vietnam, un sujet qui n’est pas encore d’actualité !

L’homosexualité est légale aux Vietnam mais les couples homosexuels ne sont pas aussi bien protégés que les couples hétérosexuels. Quant aux familles homoparentales, elles se font très très rares. Nous avons communiqué avec différentes associations LGBTQI au Vietnam et l’une d’entre elle a tenté de nous mettre en contact avec deux familles homoparentales. Ces dernières ont préféré rester cachées et ne pas s’exposer dans le projet Love makes a family- World Tour.

Nous sentions cependant que la cause LGBT était un sujet d’actualité au Vietnam et nous avons tout de même souhaiter, à défaut de pouvoir interviewer des familles homoparentales, rencontrer des responsables d’associations LGBTQI ou des personnes touchées directement par le sujet.

Il n’y aura donc pas d’interview vidéo pour le Vietnam mais nous allons vous raconter nos différentes rencontres avec Phuong, Anne, Lily, ou encore Edouardo.

Nous sommes arrivés à Hanoi quelques semaines après la Gay pride qui a réuni plusieurs milliers de personnes. L’évènement était même sponsorisé par l’ambassadeur Américain au Vietnam, Ted Osius, qui est gay, marié avec un homme avec qui il a deux enfants. Ted Osius et son mari sont devenus les ambassadeurs de la cause LGBTQI au Vietnam. Nous avons tenté de les rencontrer mais c’était la fin du mandat de l’ambassadeur et ce dernier était fort occupé. Nous avons cependant reçu un message de son mari, Clayton Bond, nous précisant qu’il trouvait notre projet très inspirant et qu’il espérait pouvoir nous rencontrer un jour.

 Phuong, une jeune femme engagée pour l’égalité des droits

Au café Cong de Hanoi, nous avons rencontré Phuong de l’association Hanoi Queer. Hanoi Queer est une association crée en Juin 2015 qui a pour objectif de faire de Hanoi une ville qui soit gay friendly, où les personnes LGBTQI sont respectées et où elles ont les mêmes droits d’un point de vue économique et social. Cette association organise de nombreux évènements pour améliorer la visibilité de la communauté LGBTQI et d’identifier et augmenter le nombre de lieux qui soient accueillants pour les LGBTQI. Phuong nous a aussi expliqué qu’ils tenaient une hotline pour soutenir les LGBTQI en difficulté.

Phuong est une jeune femme engagée pour l’égalité des droits (aussi bien les droits des minorités, égalité homme/femme et droits LGBTQI) et déterminée à faire changer les choses au Vietnam. Elle a obtenu une bourse pour aller étudier un an en Australie, et vous l’aurez peut-être deviné, elle va suivre des cours de Gender Studies (champ de recherche pluridisciplinaire qui étudie les rapports sociaux entre les sexes). Au cours de la discussion nous avons découvert, à notre grande surprise, que le mariage pour les couples de même sexe est autorisé au Vietnam depuis une loi passée le 1er janvier 2015. Si cette nouvelle loi a levé l’interdiction du mariage entre couple de même sexe, la reconnaissance officielle du mariage pour tous n’est pas encore à l’ordre du jour de l’agenda gouvernemental. Le mariage homosexuel n’est donc pas interdit mais pas non plus reconnu.

C’est ensuite à Ho-Chi-Minh-Ville que nous avons eu la chance des faire des rencontres qui nous ont beaucoup touchées.

Anne, propriétaire du Pink Tulip Hotel, seul hôtel qui supporte ouvertement la cause LGBT au Vietnam.

crédit photo: http://www.thanhniennews.com/society/stop-the-grinch-who-stole-gay-marriage-27160.html

A deux pas de notre hôtel, nous avons rencontré Anne (prénom masculin), qui est néerlandais, gay et marié avec un vietnamien. Il nous a reçu dans son Hôtel, le Pink Tulip qui est leur seul hôtel qui soutient ouvertement la cause LGBTQI au Vietnam. Anne nous a raconté son parcours professionnel en tant que Stewart, sa rencontre avec Trung avec qui il est marié depuis 9 ans, leur mariage aux Pays bas… Il nous a aussi expliqué certains comportements Vietnamien qui nous posaient question mais qui font sens étant donné leurs traditions.

Lily a tout tenté pour faire revenir son fils gay à la raison

Dans un autre quartier de la ville, nous avons eu l’honneur de rencontrer Lily, son fils et un couple d’amies lesbiennes. Lily est responsable de l’association PFLAG (Parents, Families and friends of Lesbians and Gays). Ce fut pour nous une rencontre très émouvante. Lily nous a confié son histoire, mais ne parlant pas anglais, c’est son fils Teddy (le principal sujet de l’histoire) qui nous l’a traduite, ce qui amplifiait d’autant plus l’émotion ambiante. Il était parfois difficile de retenir nos larmes.

Après leur avoir présenté rapidement notre famille, notre histoire et notre projet nous leur avons posé quelques questions et Lily et son fils nous ont répondu longuement avec un témoignage des plus poignant.

J’avais osé leur demander comment s’était passé l’annonce du Coming out de Teddy et comment sa Maman l’avait accepté. Je ne connaissais pas du tout leur histoire mais je savais qu’elle aurait une fin positive puisqu’ ils étaient là tous les deux ce jour-là et que Lily est présidente de PFLAG au Vietnam.
Je ne m’attendais pas à être aussi émue en les écoutant.

Tout a commencé lorsque Teddy était au Lycée. Sa maman à découvert qu’il avait un petit ami (garçon) dans une autre ville. Un jour ou Teddy avait laissé son téléphone à la maison, Lily a récupéré le numéro du petit ami et a appelé sa famille pour expliquer la situation. Les parents se sont mis d’accord pour que leurs enfants n’aient plus aucun contact. Teddy à découvert ce qui s’est passé et était très en colère contre sa mère, en plus d’avoir le cœur brisé.
Lily a ensuite commencé une très longue série de tentatives diverses et variées pour faire revenir son fils à l’hétérosexualité. Elle l’a envoyé consulter de très nombreux psychologues, lui a fait faire un régime avec du riz spécial recommandé par les bouddhiste et quelques années plus tard elle a même demandé à son frère d’emmener son fils voir des prostituées.
Teddy vivait toujours chez sa mère pendant toutes ses tentatives. Lily lui écrivait de nombreuses lettres pour lui expliquer qu’elle n’attendait pas de lui qu’il devienne riche ou qu’il ait un bon travail mais elle souhaitait qu’il ait une famille.
Pendant 5 ans Lily à refuser d’accepter l’homosexualité de son fils. Elle a même obtenu un rendez-vous avec le plus grand psychologue de tout le Vietnam qui lui a dit qu’il y avait 80% de chance que son fils soit Gay. Lily était alors effondrée. Cependant le Psychologue lui a dit qu’il fallait attendre qu’il ait 21 ans pour être sûr car les préférences sexuelles sont sures après 21 ans. Lily avait donc regagné espoir pendant 2 ans et Teddy a dû reprendre son régime de riz spécial.
Teddyà finit par écrire une lettre à sa maman ou plutôt lui donner une lettre qu’il avait écrit plusieurs années auparavant. Dans cette lettre il s’excusait d’être gay, lui expliquait qu’il aurait aimé être autrement et qu’il aurait préféré mourir à la naissance plutôt que de la faire souffrir aujourd’hui. Teddy lui faisait aussi remarquer que s’il était né handicapé, elle l’aurait aimé tel qu’il était. Il était gay et pour elle c’était le plus grand péché.
C’est à ce moment-là que Lily a réalisé qu’elle n’avait jamais écouté son fils et était resté campée sur ses positions.
Lily a ensuite accepté de participer à une réunion des PFLAG avec son fils. Elle y allait, comme de nombreux parents, pour demander quelle était la solution pour faire revenir leurs enfants dans le droit chemin. Elle n’a bien sûr pas obtenu de réponse à cette question mais a pu écouter le témoignage de deux parents canadiens qui venait de marier leur fils Gay.
Ce couple a demandé aux parents présents de réfléchir à la situation suivante :
Imaginez-vous avoir deux fils. Le premier est gentil, actif et volontaire pour contribuer au bien-être de la société vietnamienne. Il travaille dur et est apprécié par la communauté. Ce fils est Gay.
Votre deuxième fils est un malfrat, un voleur. Il n’a jamais été apprécié par la communauté et on peut dire de lui qu’il n’est pas fréquentable. Ce deuxième fils est par contre attiré par les femmes. La question est donc pourquoi rejeter le premier fils uniquement parce qu’il est gay ?
Lily a ensuite assisté à plusieurs réunions organisées par PFLAG et elle est ensuite devenue une volontaire active. Elle en est aujourd’hui la présidente, et c’est elle qui témoigne face aux parents qui viennent poser la même question qu’elle des années auparavant : comment faire disparaître l’homosexualité de mon enfant.

J’espère que ce témoignage vous a touché autant que nous et qu’il n’a pas trop éveillé de mauvais souvenirs pour certains.

Notre dernière rencontre a eu lieu sous une pluie battante dans un café ne servant que du Cheese Tea. Si vous ne savez pas ce que c’est, c’est que comme nous, vous n’êtes pas tendance. Il s’agit donc d’un mélange de thé froid avec du fromage. Après quelques discussions avec le serveur, nous arrivons à obtenir quelque chose qui n’est pas sur la carte, un simple Ice tea. Nous ont rejoint Edouardo et son ami. Ils sont tous deux américains et vivent en Asie depuis plusieurs années. Edouardo écrit sur les sujets LGBTQI sur la communauté  Facebook et Tumblr Hanoi Panic. Cette fois ce fut notre tour d’être interviewées.

Nous sommes parties du Vietnam une fois de plus enrichies par ces rencontres, émues par ces histoires et confiantes que les choses évoluent en faveur des LGBTQI dans ce pays.

Les militants LGBT sont très jeunes au Vietnam, ils ont donc comme préoccupation principale de se battre pour l’égalité des droits, le mariage pour les personnes de même sexe et ils sont encore loin de penser à fonder une famille.

Le sujet de la famille homoparentale n’est donc pas encore d’actualité mais je suis sûre que d’ici une dizaine d’année, nous en reparleront !

 

Si vous voulez en savoir plus sur les LGBTQ au Vietnam, voici un rapport, en anglais, publié par l’USAID et l’UNDP
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2 réflexions au sujet de « Homoparentalité au Vietnam, un sujet qui n’est pas encore d’actualité ! »

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